Lecture performée, traduction. D'après Gloire à l'amour des pxtes de minerva melissa (2022).
Sur une invitation de Cecilia García Riglos et Ad Minoliti Sala Peluche, Buenos Aires
K**** F******, persona traversant les décennies à la Cindy Sherman réalisatrice porno radicale, identité double vendant les photos de son cul tantôt sur le web tantôt sur une impression 100x75 papier photo.
À la gloire de l’amour des putes, des monologues militants, des fanzines, des photos et vidéos qui mêlent glamour intimiste, ennui quotidien et rage existentielle. Fucked Up c’est l’autoreprésentation érotique et subversive, poussière dans l’œil voyeuriste qui vient te faire cracher tes biais de pensée avec une petite fessée.
Les putes sont traumatisées, les putes sont socialement inadaptées.
Au lieu de se demander pourquoi tant de victimes, de folles, de dépendantes et d’handicapées sont travailleur-euses du sexe, on peut se demander qu’est-ce qui rend ce travail un de seuls qui nous est accessible.
L’obligation de travailler sous le capitalisme c’est un rendement chronique, fatidique et exténuant, qui demande une régularité et pas de grains de sable dans la machine.
Sauf que pour les déchets du capitalisme que nous sommes, le choix c’est crever dans la machine ou s’extraire de ces milieux et créer nos propres espaces.
Dans All of Me de Morgana Muses et Josie Hess, on suit le parcours d’une camgirl handicapée, qui comme bon nombre de mes collègues TDS, capitalise sur ce qu’elle a de spécial à offrir.
Pour les handicapées, c’est jouer de la fétichisation de nos corps bien trop souvent médicalisés, méprisés et désexualisés. Dans l’imaginaire collectif, les seuls clients qui rêvent de nous soulever sont des détraqués prédateurs, qui d’autre serait assez crade pour aimer un corps pareil, faiblard et difforme.
Quand Annie Sprinkle fait le portrait de l’anatomie d’une pinup, c’est pour rire de l’attirail hétérosexuel et du foutage de gueule qu’est le fantasme qu’on joue. La pinup est consciente de sa sexualité et de sa sexualisation, elle feinte sa deux-dimensionnalité pour jouer du regard masculin, tout en capitalisant sur ses atouts sur le dos des hommes qui pensent la contrôler.
Ma pinup est handicapée, queer, fière, salope, abîmée, dépressive, sexuelle, sale, fucked up.
K**** F****** est une gouine en cosplay d’hétérosexuelle.
Fucked Up est rempli de gag reflex et d’éclats de rire punk, parcours autobiographique et autoportraitisant, du point de vue déroutant du Sex Worker Gaze, comme le définissent Romy Alizée et Marianne Chargois dans leur spectacle Gaze.s.
Contre les représentations tragi-comico-dégueulasses des travailleur-euses du sexe dans la culture et l’art, partant du principe que non la pute n’est pas l’artiste ratée mais l’artiste qu’on rate. Celle qui doit être cachée, tabou, celle qui questionne le confort marital et économique du modèle hétérosexuel. Tout comme la lesbienne, la pute n’est pas une femme. Virginie Despentes le dit, la pute elle fait ce qui ne se fait pas :
« demander de l’argent pour ce qui doit rester gratuit. ».